Aux vents révélés (1/4)

Publié le par Jahnolimit

Une nouvelle de Louis BOULANGER illustrée par Louis BOULANGER publié en 4 parties ....

6 h 00. Ô douillette couette ! Réveil embrumé et difficile que ce matin-là… Le moteur diesel ronronne tandis que je gratte l’ épais givre sur le pare-brise, signe d’ un bon regel nocturne. Départ… Tout en conduisant, je me remémore les conditions prévues : « Sud Sud-Ouest, 8 N à 1500 m se renforçant 15/20 N en journée. Sud, 10 N à 3000 m, 25 N en soirée, risque 2 pour les avalanches… ». Tous les sites météo concordent pour nous offrir une belle randokite avant la grosse perturbation annoncée pour la nuit suivante. Tandis que l’ autoradio crache toutes les mauvaises nouvelles du monde, j’ imagine la belle randonnée de snowkite dont Jo et moi allons profiter durant ce dimanche.
D’ ailleurs, son excitation et son large sourire me montrent qu’ il pense de même lorsque je le récupère devant son domicile. « Ca va être une bonne grosse gavade, mon Ludo ! » me dit-il en guise d’ accueil tandis que je l’ aide à charger son matos dans la Kangoo. Direction Sud Vercors et Pep’s qui nous chante son nouvel album. Notre trajet n’ est ensuite qu’ une agréable banalité routière et en émergeant de la mer de nuages, nous admirons enfin les sommets des falaises rougissant dans l’ aube. Dans sa robe de feu matinale, le balcon Est du Vercors toujours m’ émerveille. Émotion inlassablement intense… L’ air froid du vallon où s’ arrête le bitume est limpide de lumière mauve rosée, à peine agité de souffles légers qui trémoussent mollement les branches hautes des pins poudrés de givre. Moteur coupé, claquements des portières, départ. « Bon signe, le vent sera là ! » me dis-je tout en haletant, skis aux pieds, dans la montée à couvert. Une heure plus tard, nous sortons enfin de la sombre forêt pour déboucher sur l’ immense alpage dans la lumière vive des hauts-plateaux. Une paire de choucas traverse l’ azur et vient s’ abattre non loin en caquetant tandis qu’ un doux souffle nous caresse déjà le visage. Éole semble donc bien là… à ce rendez-vous toute la semaine espéré. Peaux rangées dans le sac, ailes étalées sur la poudreuse, on s’ équipe et c’ est le rituel du déroulé de lignes tout en jetant un oeil au loin sur le Mont-Aiguille émergeant fièrement de cette banquise de nuages à nos pieds. Au- dessus de nos têtes, d’ infinis nuages scintillants glissent au plafond rose pâle des cieux, rayés par la rectiligne argentée de quelque avion stratosphérique. Leurs cohortes dérivent assez vite vers le Nord-Est annonçant la prochaine perturbation prévue pour la nuit.




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