Aux vents révélés (2/4)

Publié le par Jahnolimit

Apeurés par nos cerfs-volants qui décollent soudain, les deux volatiles noirs s’ envolent en même temps. Ils nous accompagnent en virevoltant à distance tandis que nous slalomons entre quelques pins solitaires. Sculptures torturées par tous les vents des plateaux, leurs branches semblent attendre la moindre erreur de pilotage et mieux vaut éviter d’ y accrocher nos lignes ou nos kites. Malgré ce risque végétal, notre exploration va bon train en direction d’ un dôme dénudé dominant légèrement les plateaux recouverts d’ une fraîche épaisseur légère. Nous skions ou plutôt nous flottons, parfois jusqu’ à mi-cuisse, avec comme une sensation d’ apesanteur, comme entre neige et ciel.
Au gré du relief, quelques sauts ponctuent notre glisse à tire-d’ aile vers le bord oriental du plateau que nous longeons maintenant. A quelques longueurs de lignes, la crête s’ évanouit brusquement dans le ciel laissant seulement deviner l’ abîme des falaises, fatale limite qu’ elles constituent. Peu de temps pour laisser l’ œil contempler l’ énorme Mont Aiguille et au loin le panorama immense des massifs alpins, concentrés que nous sommes sur notre cheminement à travers ce relief ondulant. Devant nous s’ enchaînent combes, crêtes, bas-fonds et collines ponctués de quelques pins rabougris qui osent si haut résister aux rudesses climatiques. De ci de là, quelques cairns semblent vouloir nous rappeler dans cet océan de poudre quelque cap à suivre. Houle nivale figée par le froid où les dernières tempêtes ont sculpté le poli des planes, l’ ourlet des corniches et d’ innombrables vaguelettes de leurs souffles ondulants. Quelle légèreté que de naviguer sur ce moelleux clapot de poudre qui explose en gerbes cristallines sous nos spatules. Envoûtante et rapide glisse au vent ! Kilomètres si rapidement franchis que nous voilà donc déjà au sommet de ce dôme convoité. Nous posons nos ailes, le temps d’ extraire la thermos et l‘ appareil photo, de repréciser notre localisation et d’ observer au devant la suite de l’ itinéraire puis, derrière nous, ce glacis où errent nos yeux stupéfaits par tant d’ espace ouvert parcouru. Cadrage, contre-jour, grand angle, le regard sélectionne et l’ appareil engrange, mémoire et émotions numérisées



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